Le bouddhisme au Népal

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Le bouddhisme au Népal a donné lieu à une production artistique intense, tant dans la sculpture sur bronze que dans l’architecture. 

 

L’introduction du bouddhisme et le développement d’un art bouddhique :

La vallée de Katmandu est le siège du seul royaume indien qui est parvenu jusqu’à l’époque moderne sans une rupture historique majeure. Les rois pratiquent l’hindouisme, néanmoins le bouddhisme et ses communautés sont à l’origine d’un brillant développement culturel ainsi que d’une brillante civilisation urbaine qui s’est développée pendant près de deux millénaires. Asoka, brillant roi indien du IIIème siècle avant notre ère, aurait introduit le bouddhisme dans les terres népalaises.

 

 

Les premiers temps du bouddhisme népalais :

La première chose qui frappe à Katmandu sont les stupa imposants construits sur les collines alentours. Les stupa népalais les plus anciens sont construits sur le modèle indien, ce sont des monuments reliquaires contenant des reliques ou des manuscrits. Les plus célèbres d’entre eux auraient été élevés autour de la ville de Patan. Il semblerait que leur construction soit antérieure de plusieurs siècles à la construction de la cité de Katmandu et ils étaient sans doute associés à des monastères qui ont depuis longtemps disparu. Les chapelles construites généralement autour, associées aux Jina, les Bouddha de métamorphose ou Bouddha cosmiques, et disposées au niveau des points cardinaux sont des adjonctions tardives qui montrent que le bouddhisme tantrique s’est aussi installé au Népal.

 

Quant à la statuaire ancienne, celle-ci évoque le style connu à l’époque des Kusana (Ier-IIIème siècle de notre ère) et correspondent plus particulièrement au style de l’école de Mathura, des corps plutôt massifs, des yeux grand ouverts, un léger sourire…

 

L’évolution du bouddhisme ancien au Népal :

Durant des siècles le bouddhisme ancien, bouddhisme Theravada, côtoie le Mahayana, une voie qui s’est développée aux alentours du Ier siècle de notre ère. Ce dernier devient majoritaire au milieu du VIIème siècle, si l’on se fie à l’iconographie des statues conservées. En effet, cette voie change le statut du moine. Là où dans le Theravada il était considéré comme l’idéal à atteindre, il est remplacé dans le Mahayana par le bodhisattva, un être qui a la possibilité d’atteindre l’Eveil et le Nirvana mais qui ne le fait pas pour aider les êtres.

 

Le Bodhisattva Avalokitesvara

 

Les souverains licchavi (vers 350-vers 740) entretiennent des rapports étroits avec les cours indiennes. Les Gupta (IVème-VIème siècle), dynastie indienne, influencent beaucoup l’art des différents pays asiatiques mais ces influences n’arrivent au Népal que dans la seconde moitié du Vème siècle, soit assez tardivement.

Une monnaie licchavi

 

L’art népalais se développe beaucoup au cours des VIIème et VIIIème siècle notre ère mais paradoxalement on ne garde que peu de vestiges de cette grande période artistique. L’art de cette époque est avant tout hindou et est commandé par les puissants de la cour. Néanmoins le bouddhisme n’est pas en reste, en témoigne le nombre de chaitya construits à l’époque et répartis dans toute la vallée.

 

 

Chaitya, qui signifie « tumulus », « sanctuaire », est un terme qui désigne parfois dans le bouddhisme un stupa c’est-à-dire un reliquaire contenant des reliques du Bouddha, d’un bodhisattva ou d’un personnage éminent et reconnu, parfois une grotte ou un sanctuaire contenant un stupa, ou encore le sanctuaire d’une autre religion. Leur décor est commun aux architectures de l’époque et permet de visualiser les décorations des bâtiments à l’époque, qui étaient en bois et qui ont aujourd’hui tous disparu.

L’art népalais s’épanouit également dans la peinture de manuscrits. Le plus ancien manuscrit conservé date du XIème siècle et combine le plus long canon du Mahayana (l’APS) à des illustrations, au nombre de 85 et qui montrent des divinités. En général la composition des manuscrits est touffue et les artistes népalais s’éloignent des influences pala indiennes de l’époque en introduisant par exemple des éléments de paysage, surtout des arbres, dans l’espace. De plus les couleurs sont plus riches que dans les peintures indiennes de la même époque.

 

Illustration de l’Astasahasrika Prajnaparamita Sutra (APS) / Feullets de croquis d’un artiste newar.

 

Le Tantrisme au Népal :

De fait l’épanouissement d’un art proprement national, héritier des formes « classiques » des VIIème et VIIIème siècle, se produit de la fin du XIème siècle au début du XIIIème siècle. A cette époque les artistes aiment illustrer des sutra qui ne le sont pas forcément en Inde, comme le Gandavyuha Sutra, et la décoration des plats intérieurs de couvertures de livre, en bois, et des vignettes constituent l’un des sommets de l’art népalais.

 Extrait illustré du Gandavyuha Sutra / Divinités et un Bouddha 

 

L’introduction du Vajrayana au Népal constitue un tournant majeur. Le système Kalacakra/Kalachakra (du nom de la divinité principale Kalacakra, identifiée à un Bouddha primordial né de lui-même et confondu avec la Roue du Temps ou de la Mort) aurait été prêché par Atisa, moine indien, alors qu’il était en route pour le Tibet Occidental.

 

 

Lors de cérémonies liées au Vajrayana, comme des récitations de mantra ou la visualisation de divinités, des officiants népalais portent des tiares décorées de divinités qui illustrent le raffinement de l’orfèvrerie népalaise ainsi que leur maîtrise des métaux, raffinement et virtuosité qui sont encore le cas aujourd’hui.

 

Tiare du Musée National des Arts Asiatiques Guimet avec les cinq Jina.

 

Cette esthétique « classique » continue sous la dynastie des Malla. Ce n’est qu’après la conquête de la plaine du Gange par les musulmans au XIIème siècle que les Népalais et l’art bouddhique, coupé de ses sources indiennes, développent un style original. Le tantrisme supplante alors toutes les autres écoles. Le ritualisme et une tendance au syncrétisme en sont les caractéristiques importantes.

 

Jusqu’au XVème siècle on suit l’évolution de ces représentations divines consacrées à l’occasion de rituels conjuratoires ou propitiatoires. Vous pouvez par exemple, tout comme les Népalais, prier la déesse Vasudhara, déesse des richesses, afin d’obtenir des biens matériels. Beaucoup de mandala sont alors illustrés au centre desquels on trouve la divinité qu’on cherche à visualiser afin qu’elle nous aide. Ces mandala, souvent peints, sont en général constitués de beaucoup de couleurs mais avec prédominance de bleu et de rouge, couleurs typiques de l’art népalais.

 

 

 

Le déclin de l’art népalais et son renouveau :

L’art bouddhique de la fin du XVIIème siècle et de la première moitié du XVIIIème siècle entra dans un lent déclin. La conquête de la vallée par les Gurkha et la fondation du Népal moderne accentuèrent ce déclin. Les ateliers monastiques, à Patan surtout, produisirent ainsi en masse jusqu’au milieu du XIXème siècle des statuettes en cuivre doré stéréotypées. Mais aujourd’hui ces ateliers proposent de nouveau des statuettes qui retrouvent la grandeur de l’art népalais passé, elles sont en laiton doré ou en résine ou encore en cuivre.

 

Tara verte

 

La ville de Patan :

 

 

Patan (Lalitpur) est une ville du Népal située dans le district de Lalitpur. Ancienne ville royale, autrefois capitale et ville d’art, Lalitpur (la Cité de la Beauté) est située à 6 kilomètres au sud du centre de Katmandu, mais avec l’extension des deux villes la seule démarcation visible est la rivière Bagmati.

Patan était auparavant un grand centre d’enseignement bouddhique, comme en témoignent les nombreux monastères éparpillés dans la ville. Lalitpur fut choisie par l’empereur Ashoka, qui serait d’après certaines traditions le fondateur de la cité, pour y élever l’un des quatre grands stūpas qui la ceinturent, situés aux points cardinaux, et serait de ce fait la ville bouddhique la plus ancienne d’Asie. Le centre ville, constitué par la place du Darbâr, Durbar Square, est enchanteur, on dit qu’il a la forme d’une conque, symbole de Vishnou. Là s’élève la statue du râja Yoga Narendra Malla. Le palais, comportant plusieurs cours intérieures, serait dû au râja Siddhi Narasimha qui régna de 1620 à 1661. Un bassin, très ornementé, y fut creusé en 1681.

 

 

 

 

 

Le patrimoine de Patan :

Hormis le palais et la place du Darbâr, la cité comporte nombre de bâtiments intéressants :

Le Krishna Mandir datant de 1630

 

Le Hiranyavarma Vihâra, ancien monastère bouddhiste dédié à Avalokiteshvara (XIIesiècle)

 

Le Machchendranâth de 1408, dédié à Indra

 

Le Minnath, temple bouddhiste dédié à Avalokiteshvara

 

Le temple de Kumbeshvar (1392) dédié à Shiva

 

C’est un centre d’artisanat important, et aussi une des grandes villes Newari avec Katmandou et Bhaktapur. La cité accueille un village tibétain.

 

Les Tibétains au Népal :

A la suite de l’invasion du Tibet par la Chine, de nombreux exilés sont partis dans la Vallée de Katmandu. Ils sont devenus la plus prospère des populations tibétaines exilées et ont construit de nombreux temples et stupa au sein de la vallée. Néanmoins ils se mêlent, au niveau religieux, avec les Népalais et leurs pratiques s’adressent avant tout aux Occidentaux et à leur communauté.

 

 

Retrouvez de nombreuses statuettes hindoues et bouddhiques sur notre site de Mes Indes Galantes qui proviennent d’ateliers d’artistes des villes de Patan ou de Katmandu même !

 

Le bouddhisme au Népal - Mes Indes Galantes - Ganesh
Le bouddhisme au Népal - Mes Indes Galantes - Vajrasattwa

Sakyamuni (bronze incrusté), Ganesha (résine) et Vajradhara (résine).

Mince Maya

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