Le Bouddha indonésien

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L’Indonésie, avec, comptabilisées à ce jour, 13 466 îles, est le plus grand archipel au monde. Il s’agit du 4e pays le plus peuplé du monde et du 1er pays à majorité musulmane pour le nombre de croyants. Pourtant le bouddhisme y a trouvé et y trouve encore sa place. Venez découvrir les spécificités du Bouddha indonésien.

 

Carte d’Indonésie

 

La devise du pays est Bhinneka Tunggal Ika, « l’Unité dans la diversité », et il vrai que ce slogan est bien plus qu’une simple phrase. Plus de 300 groupes ethniques composent la population de l’Indonésie. Même si la majorité est musulmane, le christianisme, l’hindouisme, le bouddhisme et les traditions animistes sont pratiqués en liberté par les habitants. Le bouddhisme et l’hindouisme ont notamment connu une grande période de développement avant l’arrivée de l’Islam. Le bouddha indonésien se différencie beaucoup de ses voisins du sud-est asiatique par son style et sa facture.

Comme un certain nombre de cultures en Asie du sud-est, la culture indonésienne prend au-départ modèle sur l’Inde et développe une culture indianisée vers le 2ème siècle de notre ère. Ces échanges culturels sont rendus possibles en partie grâce au commerce et aux voyages qu’effectuent moines et pèlerins dans différents lieux sacrés. Il semblerait que de nombreux souverains du sud-est asiatique aient envoyé des missionnaires, ou aient demandé à des brahmanes indiens de venir, afin de découvrir la culture et les religions de l’Indonésie. Ils semblent avoir pour objectif d’organiser leur propre société par le biais de l’adoption du sanskrit, des rituels qui l’accompagnent mais aussi par l’apprentissage de nouvelles techniques de construction.

Ce sont grâce aux écrits chinois que l’Indonésie apparaît pour la première fois dans l’Histoire. Ainsi au Vème siècle le moine Faxian, qui n’est pas le premier à parler de l’Indonésie, mentionne le nom d’un royaume : Yebodi qui serait peut-être le nom de l’île de Java de l’époque et précise que le pays semble rattaché à la culture indienne.

Le moine Faxian qui a voyagé en Indonésie apparemment

 

Les souverains de l’île nous sont connus grâce à des stèles qu’ils font ériger aux quatre coins du pays. Dans ces écrits, ils se rattachent le plus souvent à un contexte indianisé et hindou, par exemple sur une des stèles les traces de pas du roi, qui ont été sculptées dans la pierre, sont comparées aux traces de pas de Visnu. Les îles d’Indonésie et Java en particulier sont donc les héritiers d’une partie de la culture indienne qui se mêle à des croyances autochtones pour donner naissance à un art et à des religions qui sont originaux.

Un royaume, du nom de Srivijaya, prend ensuite le pouvoir à la fin du 7ème siècle des détroits de Malacca et de la Sonde est maîtrise le commerce des îles, les souverains étaient bouddhistes et ils semblent avoir eu des relations avec les souverains de Java, permettant au bouddhisme de se développer d’autant plus dans l’île.

 

L’Indonésie fait partie du grand ensemble culturel de l’Asie du sud-est

 

L’île de Java :

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Java, une des principales îles d’Indonésie

 

Son nom viendrait du sanscrit Javadvipa, « l’île du millet ». C’est sous ce nom que l’île est en effet désignée dans l’épopée indienne du Ramayana (écrite entre le IIIe siècle av. J.-C. et le IIIe siècle apr. J.-C.). Malgré une présence relativement éphémère dans l’île, le bouddhisme et son art y connurent l’un de leurs apogées.

Encore une fois, l’arrivée du bouddhisme theravada à Java nous est connue par les textes chinois. Ce courant aurait été prêché par un moine d’origine cachemiri au IVème siècle qui aurait réussi à convertir la reine et le roi. Java devient ensuite rapidement un centre réputé d’études bouddhiques. Les écoles du Mahayana et du Vajrayana se développent également en parallèle du Theravada mais plus tardivement. En tout cas l’art bouddhique indonésien ne commence véritablement que sous la dynastie des Sailendra (VIIIème-IXème) à Java centre. L’histoire de cette famille reste mal connue mais les monuments qu’ils ont fait édifier témoignent de leur splendeur. Leur prise de pouvoir permet au bouddhisme mahayanique un développement sans précédent. Durant tout le siècle que dure leur règne, les monuments bouddhiques sont en plus grand nombre que les sanctuaires hindous. C’est sous leur règne qu’est édifié le complexe de Borobudur.

 

Borobudur :

 

Borobudur est un complexe constitué de trois temples situé à Java centre et daté du VIIIème-IXème siècle. Un chemin de pèlerinage fait passer les dévots devant les temples du Candi Mendut et du Candi Pawon avant d’arriver au monument le plus impressionnant, et le plus connu aujourd’hui, le Candi Borobudur. Il était l’objet de pèlerinages majeurs et se voulait ouvert à tous les bouddhistes. La structure est carrée et mesure 113 mètres de côtés, les escaliers se trouvent à l’est. Constituée de 8 niveaux, cinq niveaux carrés et trois terrasses circulaires, il contient sur chacune de ses faces de nombreuses sculptures et bas-reliefs.

 

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A l’origine, des bas-reliefs étaient visibles au pied du monument, mais à cause de problèmes de stabilité, ils ont été cachés par un pied de renfort dès les débuts de la construction. Aujourd’hui ces panneaux ne sont plus visibles mais 160 nous sont connus par des photos.

Son organisation répond à des considérations spirituelles, l’idée est que le pèlerin s’élève au fur et à mesure de sa montée vers le sommet. En effet, on peut découper le monument en trois grandes parties : le kamadhatu, la « sphère des désirs », le rupadhatu, la « sphère des apparences » et l’arupadhatu, « la sphère sans forme ».

 

En rouge le Kamadhatu, en orange le Rupadhatu et en jaune l’Arupadhatu.

 

La première est visible des humains, de ceux qui ne sont pas lancés sur la voie de l’illumination ou qui n’en sont pas à un niveau très élevé. La deuxième est visible seulement des seuls bodhisattva, des êtres pouvant devenir des Bouddha et atteindre le Nirvana mais qui le refusent afin d’aider les autres. Enfin la dernière n’est perceptible que par les seuls Bouddha. Le pèlerin en s’élevant physiquement dans le monument s’élève dans le même temps spirituellement afin d’atteindre la bouddhéité. Certains considèrent que le monument est un mandala achitectural, néanmoins à cette époque le bouddhisme tantrique n’était pas encore majoritaire, le Mahayana était le bouddhisme officiel, or le concept de mandala est à réserver au tantrisme et ne peut donc pas correspondre à Borobudur.

Le Kamadhatu correspond aux bas-reliefs qui ne sont plus visibles aujourd’hui et qui illustrent le texte du Karmavibhanga, texte qui est en fait une explication des causes et conséquences des renaissances. En tournant autour dans le sens rituel, les pèlerins étaient censés avoir l’illustration de la cause en premier et de la conséquence ensuite et ce afin qu’ils sachent quels agissements permettaient d’avoir une meilleure réincarnation et au contraire quelles actions il leur fallait éviter.

 

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Le Rupadhatu lui est constitué de quatre galeries à ciel ouvert sur lesquelles on trouve à la fois des niches avec des statues de Bouddha mais aussi des bas-reliefs sur les murs. Les murs parapet, qui bordent le vide des galeries, possèdent ainsi des niches en pierre dans lesquelles on trouve des images de Bouddha différentes sur chaque face.

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Les Jina de Borobudur, un bon exemple de la facture du Bouddha indonésien.

 

Celles-ci ont de différents les gestes, mudra, qu’elles effectuent. Ainsi chaque face aura un mudra différent, cet état des choses fait dire que ces Bouddha représentent les Jina, les Bouddha de métamorphose. Les Jina sont des Bouddha supérieurs d’où émanent les autres Bouddha. Dans le Mahayana, une multitude de Bouddha existent, ont existé et existeront, chacun ayant pour mission de redonner la Bonne Loi à chaque ère cosmique, le Bouddha Sakyamuni est ainsi le Bouddha de notre ère cosmique mais il y en aura d’autre. Chaque Jina possède un geste particulier qui permet de l’identifier et correspond à une direction cardinale.

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Les Jina de Borobudur, un bon exemple de la facture du Bouddha indonésien.

 

Placé ces Jina sur le monument permet de le situer dans l’espace et de renforcer son caractère sacré et spirituel. Ainsi le Jina de l’ouest, du nom d’Amitabha, fait le geste de méditation, dhyana mudra, et se trouve donc à l’ouest du monument. Néanmoins rien ne permet d’affirmer qu’il s’agit bien des Jina car aucun traité architectural n’a été retrouvé qui pourrait expliquer l’apparence du monument et sa signification. 504 images de Bouddha se trouvent sur le monument en tout et 108 par face. Ce nombre de 108 est très important pour le bouddhisme et représente la totalité parfaite car il est constitué d’un objet (1), d’aucun objet (0) et d’une infinité d’objet (8). Par ailleurs, des bas-reliefs se trouvent sur la surface des murs parapet des murs de soutènement (qui soutiennent la galerie suivante). Ces bas-reliefs sont des illustrations de différents textes.

 

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La facture du bouddha indonésien, plutôt ronde et souple se retrouve partout sur Borobudur.

 

Sur la première galerie et sur le mur parapet de la deuxième galerie se trouvent l’illustration des vies antérieures du Bouddha Sakyamuni ainsi que l’illustration du Lalitavistara, un texte qui raconte la dernière vie de Sakyamuni avant qu’il ne devienne le Bouddha. Ensuite on trouve l’illustration d’un texte, le Gandhavyuha Sutra, qui raconte le pèlerinage d’un personnage du nom de Sudhana. L’idée est que le pèlerin active ces images en passant devant afin d’atteindre une compréhension supérieure du monde.

 

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La facture du bouddha indonésien, plutôt ronde et souple se retrouve partout sur Borobudur.

 

Il y a un parallèle évident entre le pèlerinage de Sudhana et celui des dévots qui tournent autour de Borobudur, chacun ayant à cœur d’atteindre la Sagesse. Ce Gandhavyuha Sutra continue jusqu’aux terrasses circulaires. Juste avant d’atteindre ces terrasses on retrouve des niches avec des Bouddha qui cette fois effectuent tous le même geste tout autour du monument, le geste d’enseignement. Ce geste n’est pas anodin car il renforce l’idée que le pèlerin est là pour apprendre quelque chose et notamment il est là pour apprendre comment faire pour atteindre un jour l’état de Bouddha.

 

L’arche qui permet d’accéder aux terrasses du monument

 

Enfin l’Arupadhatu est constitué des trois terrasses circulaires supérieures ainsi que du grand stupa qui se trouve au sommet. Sur ces terrasses se trouvent de nombreux stupa en forme de cloches ajourés, sur les deux premières terrasses les ajoures sont des losanges et sur la dernière ce sont des carrés.

 

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Sous ces petits stupa on trouve d’autres images de Bouddha qui effectue le geste de mise en route de la roue de la Loi, ce qui fait dire qu’il s’agit du Jina du Zenith Vairocana. Enfin le stupa du sommet est assez simple, une frise décorative en fait le tour.

 

 

Une fois le sommet atteint le pèlerin est prêt à recevoir la bouddhéité. Le sommet du monument invite d’ailleurs à la contemplation et à la méditation car il permet d’avoir une vue splendide sur le site dans son ensemble, vous pouvez d’ailleurs profiter du coucher du soleil depuis le sommet.

 

 

Les caractéristiques du bouddha indonésien :

Etant située au carrefour de nombreux pays, l’Indonésie a profité des échanges commerciaux et de la venue d’étrangers. Ces échanges culturels se ressentent dans l’art statuaire et notamment dans le bouddhisme. Les artisans javanais et indonésiens des époques précédentes produisent des représentations du Bouddha indonésien aussi bien en métal qu’en pierre. Ces sculptures trahissent des influences variées qui rendent difficiles la connaissance de leur lieu de fabrication et de leur cheminement en Asie du sud-est.

Ainsi certaines statues trahissent dans leurs proportions une parenté avec le bouddha thaïlandais, mais pas dans la manière dont le vêtement est placé. D’autres sont apparentés au bouddha indien tel qu’il était représenté sous les Gupta (IVème-VIème) et sous les Pala (VIIIème-XIIème). Celui-ci hérite de l’Inde les paupières lourdes et à demi-fermées, qui renforcent l’impression intense de méditation, il en hérite également l’usnisa (la protubérance crânienne) assez haute et la chevelure sous forme de bouclettes tournées vers la droite.

Enfin le fait que le corps du bouddha indonésien transparaisse sous le vêtement monastique, qui donne l’impression de lui coller à la peau, est une iconographie d’origine indienne. Le visage angulaire est plutôt signe d’une esthétique pala, une dynastie indienne qui règne au Bengale et au Bihar. Néanmoins le fait d’effectuer parfois deux mudra avec les deux mains montrent que des influences thaïlandaises sont aussi parvenues jusque dans les îles et qu’elles ont eu des incidences sur les représentations du Bouddha indonésien.

Bouddha indonésien, influence thaï / Bouddha indonésien, influence d’Asie du nord-ouest, site de Mes Indes Galantes.

 

Le fait que le vêtement lui couvre les deux épaules trahit néanmoins une influence de pays moins « chauds » tels que le Gandhara (actuel Pakistan) ou le Népal. Bien sûr toutes ces influences sont traduites dans une facture qui est typiquement indonésienne et qui donne naissance à ce « bouddha indonésien ».

 

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Bouddha indonésien en métal / Bouddha indonésien en pierre, site de Mes Indes Galantes.

 

Ce Bouddha indonésien est donc le résultat d’une synthèse et d’une appropriation de toutes ces influences culturelles qui permet aujourd’hui d’admirer de superbes oeuvres statuaires représentant le Bienheureux.

 

Pour en apprendre plus sur les mudra, vous pouvez aller lire notre article sur le blog de Mes Indes Galantes ! Par ailleurs vous pouvez retrouver des vêtements en batik, des sculptures d’art primitif en bois  ainsi des statuettes indonésiennes sur notre site de Mes Indes Galantes ! Nous espérons que ce petit tour d’Indonésie vous aura plu et vous aura donné envie d’en apprendre plus sur le bouddhisme !

 

 

Venez aussi découvrir nos statuettes de divinités et nos objets rituels himalayens sur notre site MESINDESGALANTES.COM !

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En effet, selon un adage indien

« Si on le contemple c’est Dieusi on le regarde c’est une pierre ».

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