La miniature indienne

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La miniature indienne est bien connue des Occidentaux. Son histoire est longue et remonte, pour les plus anciennes que nous connaissons aujourd’hui, au 8ème siècle-12ème siècle, sous la dynastie des Pala-Sena. Mais la miniature indienne qui est la plus appréciée est sans doute celle réalisée par les Moghols, qui ont régné sur l’Inde entre le XVIème et le XIXème siècle. Les miniatures rajpoutes sont également une école de peinture indienne encore très à la mode aujourd’hui.

 

Feuille d’un manuscrit Pala-Sena

 

Cet article ne se veut pas exhaustif mais souhaite vous donnez une vue de la miniature indienne, notamment celle des Pala-Sena, des Moghols et les miniatures rajpoutes.

 

La miniature indienne des dynasties Pala-Sena

Les Pala-Sena, souverains bouddhistes pour les premiers, hindous pour les seconds, ont régné dans le nord-est de l’Inde entre le 8ème et le 12ème siècle.

Les souverains Pala-Sena patronnèrent les arts ; leur générosité permit aux artistes de développer un art statuaire et un art des manuscrits tout à fait impressionnant. Bien qu’il ne reste que peu de manuscrits aujourd’hui, le temps et les conditions météorologiques n’ayant pas permis leur conservation, on voit sur ceux qui nous sont accessibles que l’art de la miniature indienne trouve déjà toute sa splendeur dès ses débuts.

Au départ, les miniatures Pala-Sena sont exécutées sur des feuilles de palme d’environ 5cm de haut et entre 30 et 60cm de long. Ces feuilles sont ensuite reliées entre elles par un cordon puis protégées par des plaques de bois, tout cela formant un manuscrit. Les miniatures sont en général réparties dans des vignettes situées au centre et sur chacune des extrémités d’un feuillet.

Les thèmes Pala-Sena sont en général des thèmes religieux. Par exemple les souverains Pala commandèrent de nombreux manuscrits afin d’illustrer des sutra bouddhiques. Beaucoup d’entre eux présentent les scènes importantes de la vie du Bouddha ou des divinités importantes tels les Bodhisattva.

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Miniatures Pala-Sena, sur des feuilles de palme

 

Au 14ème siècle, le papier est introduit dans le sous-continent et change la donne, les tailles des peintures deviennent plus imposantes, néanmoins, les peintures restent des « miniatures » pour nos standards d’aujourd’hui. La miniature continue donc d’exister et de se développer après les Pala-Sena, mais elle ne retrouve véritablement ses lettres de noblesse, et de nouveaux thèmes, qu’avec l’arrivée des Moghols dans le territoire indien. A noter que les Pala-Sena sont les derniers grands patrons des arts bouddhiques, avant que le bouddhisme ne disparaisse du sous-continent qui l’a vu naître.

 

Les souverains Moghols et la miniature indienne

Les souverains moghols les plus importants à retenir sont les suivants :

Babur (1526-30) / Humayun (1530-56) / Akbar (1556-1605) / Jahangir (1605-27) / Shah Jahan (1627-58) / Aurangzeb (1658-1707). Les grandes cités construites par les Moghols de Delhi, Lahore et Agra témoignent encore aujourd’hui de ce qu’était la magnificence qui était associée à la dynastie Moghole au 17ème siècle.

Comme bien des souverains musulmans d’Asie, les Moghols sont des princes turcs originaires de l’Asie centrale. Fondateur de la dynastie moghole en Inde, où il se tailla un vaste empire après la victoire décisive qu’il remporta à Panipat en 1526, Babur descendait de Tamerlan et de Gengis Khan. Il avait, certes, existé auparavant des royaumes musulmans en Inde, dont le plus célèbre avait été le sultanat de Delhi (Fin XII-fin XIIIème), mais jamais leur territoire n’avait atteint la taille qui sera celle de l’empire moghol ni réuni sous sa domination la majeure partie de l’Inde.

Après 1350, les dynasties qui continuèrent le sultanat de Delhi connurent un relatif déclin et la puissance musulmane s’affaiblit dans le sous-continent. Malgré un nombre assez limité d’adeptes, l’Islam s’était toutefois solidement établi en Inde, aussi bien parmi les populations immigrées que parmi les Indiens convertis de l’hindouisme. Ceux-ci gardèrent cependant des coutumes, des pratiques et le mode de vie de la grande majorité des habitants de l’Inde.

 

Miniature d’un portrait idéalisé de Babur, les artistes s’éloignent des modèles Pala-Sena

 

Ses conquêtes firent de Babur, roi de Kaboul, le plus puissant des princes musulmans d’Inde. À sa mort, survenue en 1530, ce général de génie, conquérant de Delhi et d’Agra, eut pour successeur son fils Humayun.

La peinture moghole est un style particulier de peinture indienne, généralement limitée aux enluminures illustrant des livres ou des documents isolés, qui s’est développée à partir des miniatures persanes, au cours de l’Empire moghol (XVIe – XIXe siècle).

Ce style de peinture naît sous le règne du deuxième empereur moghol, Humayun.

 

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Miniature représentant l’Empereur Humayun

 

Alors qu’il se trouve exilé, le fils de Babur découvre les enluminures et les miniatures persanes à la cour des Safavides en Perse et se passionne pour cette forme de peinture pratiquée dans la région. Il attache à sa personne deux jeunes maîtres dans cet art qui l’accompagnent en Inde lorsqu’il retrouve son trône. Leurs œuvres et l’assimilation progressive de leur style par les artistes locaux pendant des décennies successives, ont donné naissance à un style qui a pris le nom de « peinture moghole ».

Le Tooti-Nameh, qui se trouve actuellement au musée d’Art de Cleveland, est l’un des premiers exemples de peinture moghole. Il s’agit d’un manuscrit réalisé sous le règne du fils d’Humayun, Akbar. La peinture moghole est très variée et inclut des portraits, des scènes de la vie de la cour, de la vie sauvage et des scènes de chasse ou encore des illustrations de batailles. Elle ne se limite plus seulement à l’illustration de textes religieux comme cela pouvait être le cas avant.

 

 

Deux miniatures illustrant le Tooti-Nameh

 

À la mort d’Humayun c’est donc son fils Akbar qui lui succède et qui favorise la création d’un atelier impérial mis sous la direction de deux maîtres persans et dans lequel se retrouvent des artistes de tout le sous-continent indien et où les non musulmans sont probablement très majoritaires.

 

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Miniature représentant Jalaluddin Muhammad Akbar, empereur des Moghols

 

Akbar suit assidûment la progression des travaux dans son atelier et y fait mettre en œuvre ses orientations et préférences. Comme mécène, Akbar, dont certains assurent qu’il était illettré, se montra protecteur très éclairé des peintres, aussi bien dans le domaine de l’enluminure des livres manuscrits que dans celui des tableaux isolés. Sa passion pour les œuvres marquées par le réalisme et la copie des scènes les plus vivantes sera à l’origine d’un essor considérable de l’activité des ateliers impériaux de peinture. La tendance au syncrétisme de l’empereur moghol, plus le fait qu’il y avait énormément d’artisans hindous, expliquent dès cette époque les nombreuses représentations de yogis ou d’épisodes du Mahabharata ou du Ramayana.

 

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Divers exemples de miniatures mogholes, dont une illustration au centre du Ramayana

 

Akbar fait aussi illustrer les mémoires de son grand-père Babur, le Babur Nama ainsi que, plus tard, sa propre biographie, l’Akbar Nama. L’empereur et les dignitaires de la cour se font portraiturer, entamant une longue tradition de portraits dans les cours indiennes. Au cours de cette période, le style moghol continue à se perfectionner avec des éléments de réalisme et le naturalisme d’avant garde, empreints de poésie.

Avec l’arrivée des Européens, en particulier les Jésuites invités à la cour pour débattre de questions religieuses, l’art de la miniature évolue encore. Des bibles illustrées et des gravures de peintres occidentaux influent tant sur la forme que sur les sujets. En effet, les artistes de la Renaissance ont codifié la perspective et la transmettent en Orient ainsi que le souci de la ressemblance dans le portrait. Les thèmes changent également et on voit ainsi apparaître nombre de miniatures indiennes représentant des épisodes de la Bible ou de la Légende dorée de Jacques de Voragine.

 

La vie de cour sous les Moghols

 

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Miniatures mogholes, dont l’illustration de l’arrivée de Jésuites à la cour d’Akbar

 

Jahangir, fils d’Akbar, a un penchant artistique qui contribue au développement de la peinture moghole. Les dessins deviennent plus fins et les couleurs plus légères.

 

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Miniature représentant l’empereur des Moghols, Jahangir 

 

Il encourage particulièrement les peintures représentant des événements de sa propre vie, des portraits et des études sur les oiseaux, les fleurs et les animaux. Le souci de la précision dans la représentation culminera dans le portrait, commandé par Jahangir, d’un de ses courtisans, mourant, immortalisant son agonie après une vie de débauche. Le Jahangir Nama, qui est une biographie de Jahangir écrite au cours de sa vie, contient plusieurs enluminures, dont certaines portent sur des sujets inhabituels, tels que l’union sexuelle d’un saint avec une tigresse et des combats entre des araignées.

 

 

Miniatures à sujet animalier, typiques de l’époque de Jahangir

 

Cependant, malgré l’ouverture d’esprit des souverains, l’enfermement des femmes dans le harem interdit une représentation fidèle des femmes dont les traits sont toujours stéréotypés. Au cours de cette période, Jahangir remanie aussi l’atelier impérial et débauche ceux qu’il considère comme des artistes de second ordre qui se répandent dans le pays et sont à l’origine de certaines écoles régionales qui commencent à développer un style qui leur est propre.

Shah Jahan hérite d’un art achevé où la représentation humaine s’habille de vérité psychologique, mais sous son règne, la miniature tend plutôt vers la joliesse, devenant peu à peu froide et rigide.

 

Miniature représentant l’empereur des Moghols, Shah Jahan

 

Les thèmes musicaux, des représentations de couples, parfois dans des positions intimes sur des terrasses et des jardins ou bien encore des ascètes réunis autour d’un feu, abondent dans la peinture moghole de cette période. La plus grande réalisation de son règne ne fut néanmoins pas dans le domaine de la peinture mais bien en architecture étant donné qu’il commanda le Taj Mahal, tombeau de sa femme bien aimée Mumtaz Mahal. Il fut détrôné et emprisonné par son fils Aurangzeb.

Aurangzeb était moins intéressé par les arts et la peinture que par l’idée d’agrandir encore son territoire.

 

Miniature représentant Aurangzeb, dernier des grands empereurs moghols

 

Il dépensa de très grandes sommes d’argent dans des guerres menées dans le sud de l’Inde. Moins ouvert aux autres religions que ses prédécesseurs, il imposa un Islam dur et rétablit certaines taxes destinées seulement au non-musulmans. La peinture et les arts décoratifs déclinèrent sous son règne et de nombreux artistes quittèrent la cour et trouvèrent du travail auprès des cours provinciales. Les empereurs, héritiers d’Aurangzeb, perdirent au fur et à mesure du temps leur puissance d’antan. L’empire fut affaibli tout d’abord par les attaques répétées de princes hindous rebelles et ensuite par les Britanniques, qui devinrent de plus en plus puissants. Seul le nom d’empire moghol survécut réellement jusqu’en 1858, date à laquelle les Britanniques abolirent officiellement le titre d’ « Empereur ». 

À la suite de l’effondrement du pouvoir impérial au XVIIIe siècle, nombre de familles d’artistes se réfugièrent auprès d’autres mécènes, souverains rajpouts ou nabab (nawab) qui gouvernaient les provinces de l’empire. Chez ces derniers, des écoles, dites mogholes provinciales, d’un nouveau style, s’épanouirent. Un peu à l’image de la peinture troubadour, la miniature moghole tardive privilégia les représentations d’appartements des dames, les sujets romanesques ou poétiques issus de la littérature. À la bravoure du seigneur de guerre succéda le héros amoureux et malheureux et les thèmes romantiques.

 

 

Miniature indienne de “style provincial”

 

La peinture rajpoute, autre grande tradition picturale indienne

La peinture rajpoute désigne diverses écoles de peinture indienne qui sont apparues au XVIe siècle ou au début du XVIIe siècle et se sont développées au cours du XVIIIe siècle à la cour royale du Rajasthan en Inde, mais aussi dans les anciens royaumes rajpoutes des contreforts de l’Himalaya et alors dénommée « peinture paharî ».

Du XVIe siècle au XIXe siècle dans les royaumes du Rajasthan, ces écoles héritent de traditions variées. Certaines sont issues de la peinture moghole qui provient elle-même du métissage de l’art des miniatures persanes, du naturalisme indien et des miniatures et gravures occidentales. Mais beaucoup conservent l’efficacité du trait elliptique et de l’à-plat qui caractérise la miniature prémoghole et les arts populaires du Rajasthan. Quant aux vallées situées sur les contreforts de l’Himalaya, dans les collines du Panjab et anciens royaumes rajpoutes, étant plus éloignées des grands centres de culture moghole, elles ont vu fleurir un art très individualisé : la peinture paharî est assimilée elle aussi à l’ensemble des peintures rajpoutes.

Cette peinture pahari ne subit une influence moghole qu’à partir de 1739, à la suite du sac de Delhi par Nâdir Châh. Des peintres formés à l’école moghole viennent alors se réfugier dans ces collines. Leur style effectue la synthèse des deux formes, et apporte le raffinement à des motifs qui gardent certains traits essentiels des styles locaux ainsi que leurs thématiques.

 

Les différentes étapes nécessaires à la réalisation des miniatures rajpoutes

 

À la différence de l’art moghol qui reflète une culture islamique, la peinture rajpoute est d’abord d’essence religieuse dans un contexte hindou et manifeste le mouvement dévotionnel de la bhakti ainsi que la renaissance des cultes rendus aux deux principaux avatâra de Vishnu : Rāma et Krishna, mais on trouve aussi un certain nombre de thèmes profanes. Elles illustrent en particulier des épopées comme le Rāmāyana : « le parcours de Rāma », et le Mahābhārata : la vie de Krishna. Mais évoquent aussi beaucoup l’amour profane et le sentiment amoureux.

 

Les dieux hindous, sujet favori des peintures rajpoutes

 

Miniatures rajpoutes

 

Si les miniatures dans les manuscrits étaient le médium privilégié par la peinture rajpoute, de nombreuses peintures murales ont également été réalisées dans quelques palais, à l’intérieur des forteresses et des havelîs.

 

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Fort de Jodhpur, Rajasthan

 

Chaque royaume rajpout développe son propre style, ce qui donne naissance à plusieurs « écoles », mais avec certaines caractéristiques communes à chacun de ces styles. Il existe ainsi peu de peintures sur panneau de bois. Les miniatures rajpoutes sont peintes essentiellement sur papier.

Les pigments, plus ou moins opaques ou utilisés en lavis, sont extraits de certains minéraux, comme les terres d’ocre et le lapis-lazuli ou proviennent de sources végétales comme le noir de fumée, la gomme arabique servant de liant. On utilise parfois l’or et l’argent.

Les miniatures sont réalisées sur divers papiers, la peinture à l’aquarelle, plus ou moins opaque, n’est appliquée qu’après un dessin précis sous forme d’esquisse. Ce dessin est parfois composé sur une feuille différente et transféré sur le vasli définitif après perforation de l’esquisse avec un tampon de poudre noire.

 

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Les miniatures rajpoutes adorent représenter les femmes et des scènes sensuelles

 

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Miniatures rajpoutes, l’intérieur d’un harem et un portrait de Maharaja

 

De nos jours, ce sont les artistes de la région du Rajasthan qui perpétuent cette tradition de la miniature, les techniques d’exécution étant passées dans les familles de père en fils. Parfois insérées dans des panneaux en ivoire, ces miniatures n’ont rien perdu de leur prestige et continuent de faire vivre cette tradition indienne millénaire.

 

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Atelier pour la réalisation de peintures rajpoutes, Udaipur

 

Il vous est même possible aujourd’hui, dans certaines villes du Rajasthan, telle Udaipur, de prendre des cours de peinture afin de vous initier à l’art de la miniature, vous pourrez même repartir avec votre travail !

 

 
 
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Miniature indienne de Mes Indes Galantes, Ganesha

 

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